Le voyage de ma vie

« Vue du Mont Royal – Montréal – Octobre 2003 »

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Qu’aurait pensé de moi aujourd’hui la jeune fille que j’étais sur cette photo ? C’était il y a 15 ans, à Montréal, lors de mon voyage de 3 mois en Amérique du Nord. J’avais 25 ans. Un voyage déroutant, au vrai sens du terme. Il a changé ma trajectoire, réellement. Un voyage initiatique et fondateur. Ma rencontre avec la Samuelson family. Je crois que je peux dire aujourd’hui : le voyage de ma vie.

J’avais démissionné de ma boite, l’Argus de la Presse, pour m’envoler vers New York. C’était mon premier job après la fac, dans lequel je m’étais installée pendant un an et demi. Bien payée, je l’étais. En CDI, aussi. Un miracle, après 4 ans à l’Université. Mais surtout, j’étais passionnée, idéaliste et tête brûlée. Lassée par les répétitives revues de presse du matin, impossible pour moi de travailler toute la journée dans un petit box d’open space parisien. Je rêvais d’être journaliste terrain, sillonnant les routes avec calepin et appareil photo à la main.

Alors un beau jour, j’ai répondu à l’appel de l’aventure. Mon amie Wendy m’a proposé une énième fois : « Mel, tu viens quand tu veux, aussi longtemps que tu le veux ». Cette fois-là, je l’ai prise au mot, encouragée par Thibault, persuadé des bienfaits de l’énergie New Yorkaise pour se sentir revivre. Lui resterait à Paris : « Tu verras, tu vas adorer, et puis 3 mois ce sera vite passé ». Pleine d’espoir, j’ai pris mon billet, posé ma demission et ressorti mon fidèle Canon du carton.

Quelques jours plus tard, je servais des petits déjeuners dans une brasserie française sur Houston Street, dans Greenwich Village. Les Deux Gamins, ça s’appelait. Depuis il a fermé (promis c’est pô ma faute). Je peaufinais ma technique de café latte (j’avais menti sur mon expérience de serveuse, et le plus dur pour moi était de faire cette p*** de mousse de lait !). J’accompagnais Wendy sur des événements caritatifs avec des bikers solidaires. J’apprenais le slang de Mat (Fuckin’ ass clown !). Je rencontrais chaque jour de nouveaux Américains et Français (coucou Armelle) et je nouais une indéfectible amitié avec Wendy. Mes parents me firent même l’incroyable surprise de me rejoindre un jour à la sortie de la brasserie. Ils avaient pris l’avion pour 4 jours / 3 nuits ! Preuve d’amour infini… Juste avant la suite de mon voyage en train à Montréal où je restais trois semaines dans une colloc’ avant de passer une dernière semaine à New York.

Ces 3 mois furent les plus intenses de ma vie. Je n’aurais pas assez d’un billet pour le raconter ici. Je n’aurais pas assez de toute ma vie. 

Mais la question que je me pose ce soir c’est : que penserait cette jeune fille qui vibrait alors plus que jamais, de la Mélanie que je suis désormais ?

Elle comprendrait le choix d’Annecy et ces couleurs d’automne qui me font chaque jour penser à cette virée au Mont Royal immortalisée dans ce billet. Elle se reconnaîtrait dans les pensées qui continuent de m’habiter. Dans ma nostalgie de l’enfance. Dans l’amour que je porte à ma famille et mes amis. Dans ma capacité à improviser. À rebondir. Dans ma résistance à trop anticiper. À trop se projeter. Elle hallucinerait sur mon amour d’aujourd’hui, ami de jeunesse désormais homme de ma vie. Elle serait fière de mon indépendance. Elle rirait de mes maladresses. Elle se dirait que rien n’a changé et qu’en même temps, rien n’est figé, jamais. Et que j’ai plutôt bien géré les tempêtes passées. Elle me proposerait de me couper les cheveux, jugeant que le style garçonne de l’époque m’allait beaucoup mieux. Mais surtout, surtout : elle me pousserait à ressortir cahier, crayons, stylos, feutres, carnet de croquis et appareil photo…

Bref, je crois qu’elle se reconnaîtrait, et c’est je pense le plus beau compliment qu’elle pourrait m’adresser.

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Allez je tente la version américaine pour les Samuelson (thanks DeepL traductor) :

What would the girl I was in that picture think of me today? That was 15 years ago, in Montreal, during my 3-month trip to North America. I was 25 years old. A confusing journey, in the true sense of the word. He really changed my trajectory. An initiatory and founding journey. My meeting with the Samuelson family. I think I can say today: the journey of my life.

I had resigned from my company, l’Argus de la Presse, to fly to New York. It was my first job after college, in which I had settled for a year and a half. I was well paid. On permanent contracts, too. A miracle, after four years at the University. But above all, I was passionate, idealistic and hotheaded. Tired of the repetitive morning press reviews, it was impossible for me to work all day in a small Parisian open space box. I dreamed of being a reporter, travelling with a notebook and a camera in my hand.

So one day, I answered the call of adventure. My friend Wendy asked me one more time: « Mel, you can come whenever you want, as long as you want ». That time, I took her at her word, encouraged by Thibault, convinced of the benefits of New York energy to feel alive again. He would stay in Paris: « You will see, you will love it, and then 3 months it will be over quickly ». Full of hope, I took my ticket, put down my resignation and pulled my faithful Canon out of the box.

A few days later, I served breakfast in a French brewery on Houston Street in Greenwich Village called Les Deux Gamins. Since then it has closed. I was refining my latte coffee technique (I had lied about my waitress experience, and the hardest thing for me was to make the milk foam!). I accompanied Wendy on charity events with supportive bikers. I was learning Mat’s slang (Fuckin’ ass clown ! for example). Every day I met new Americans and French people (hello Armelle) and I made an unwavering friendship with Wendy. My parents even surprised me with the incredible surprise of joining me one day when I left the brewery. They had flown for 4 days / 3 nights! Proof of infinite love… Just before the rest of my train trip to Montreal where I stayed three weeks in a flatmate before spending one last week in New York.

These three months were the most intense of my life. I wouldn’t have enough of a ticket to tell it here. I won’t have enough in my whole life.

But the question I’m asking myself tonight is: what would this young girl, who was vibrating more than ever, think of the Melanie I am today?

She would understand the choice of Annecy and those autumn colours that remind me every day of that trip to Mount Royal immortalized in this note. She would recognize herself in the thoughts that continue to turn in my head. In my nostalgia for childhood. In the love I have for my family and friends. In my ability to improvise. To bounce back. In my resistance to over-anticipating. To project too much. She would hallucinate about my love today, a friend from youth and now a man of my life. She’d be proud of my independence. She’d laugh at my clumsiness. She would think that nothing has changed. And that at the same time, nothing is ever fixed. And that I have handled past storms quite well. She would suggest that I cut my hair, judging that the boyish style of the time suited me much better. But above all, above all: it would push me to take out my notebook, pencils, pens, markers, sketchbook and camera…

In short, I think she would recognize herself, and I think that’s the best compliment she could give me.

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