Esprit de cordée

C’est décidé : chaque année, tant que Dame Nature nous le permettra, on ira crapahuter ensemble le temps d’un long week-end avec Anneso et Mat. L’amitié, ça s’entretient. Ça se chérit. Ça se nourrit d’expériences. Et peu importe où la vie nous mène, on s’est promis qu’on se retrouverait au moins une fois l’an dans un nouvel endroit à explorer. Pour marcher, tchatcher, manger du fromage, tchatcher, boulotter des noisettes, tchatcher, faire des photos et encore tchatcher. Parce que c’est bel et bien, et de loin, notre programme préféré.

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Cette fois, Anneso, Mat et moi, on a choisi Annecy. Ma nouvelle ville, ma nouvelle vie. J’étais chargée de nous organiser un périple avec une nuit ailleurs, en pleine montagne, sous les étoiles. Vu le froid de canard qui nous attendait, j’ai préféré réserver une nuit en refuge. Saaaage décision… Mais pas saaaaaage horde de parents et leur tripotée d’enfants qui ont justement eu la même idée que nous ce soir là ! Vive les odeurs de chaussettes mouillées, les braillements de bébé à 2h du mat (mais quelle idée de venir dormir dans un dortoir de 30 personnes avec un nouveau né ?!), et un SEUL lavabo tiède en guise de douche pour 30 âmes fourbues dont le principal moteur sur la dernière ligne droite d’une journée de rando de 7 heures est JUSTEMENT l’idée de se prélasser ENFIN sous une eau bouillante avant de siroter une petite binouze du Mont Blanc bien emmitouflé au coucher du soleil.

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N’allez pas croire que cela a gâché notre plaisir, ooooh que non. En fait, il aurait pu tout nous arriver après cette journée d’ascension du Mont Charvet, le deuxième plus haut sommet des Aravis (prononcer Aravi- tout court – au risque de se faire chambrer par les Hauts-Savoyards qui pourraient fureter dans le coin : « tu dis persiLLL – insister sur le L en tendant le cou avec les yeux qui roulent – ou persi ? bon bah c’est pareil »). Notre sourire, je peux vous le dire, aura bien du mal à disparaître après ce qui nous est arrivé. Parce que, comment dirais-je. En fait. Et bien…

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Tout a vraiment commencé au moment où on a perdu le sentier. Jusqu’ici, on marchait, on discutait, on s’émerveillait sur les magnifiques couleurs d’automne. Et puis là, plus rien. Plus de trace rouge sur les rochers. L’altimètre indique 2230 mètres. Le sommet est à 2538. On n’est plus très loin. Devant nous, le sommet rocheux. Mais avant ça, une immense pente herbeuse. De l’herbe sèche, tassée et jaunie par le soleil. Et des sillons de caillasse instable. Qu’à cela ne tienne, on se lance. Anneso et Mat les premières. Moi, plus timide. Au fond, je me dis que ça sent le roussi. Mais les filles sont confiantes, alors je suis.

Anneso ouvre le chemin et grimpe comme une gazelle. Mat m’attend et me conseille : « Mel, met ton pied droit ici. Avance en faisant de petits zigzags sur le côté, ce sera plus facile dans l’herbe. » Et puis une pierre se décroche juste devant moi et déboule la pente. Rebondit, roule, rebondit…. C’est interminable. Je m’immobilise. Impossible d’avancer debout, je m’accroupis et avance à la manière d’un crabe, m’accrochant avec les mains aux quelques racines bien accrochées dans la terre. Je regarde derrière moi. Les lignes de fuite m’aspirent. La vallée est toute petite, tout là-bas. Purée, on est sacrément haut. Je n’ai jamais eu le vertige, mais ça doit ressembler à ça. Mat continue à quelques mètres devant moi, puis s’immobilise à son tour. « Merde, je suis coincée ». Elle a les jambes qui tremblent, tente un pas à droite, à gauche, mais les pierres glissent sous ses pieds. « Je ne peux plus avancer ». Je ne sais pas comment la conseiller à mon tour, moi-même tétanisée. Anneso, toute petite là-haut, nous crie :

  • Les filles, vous m’entendez ?
  • Ouiiiiiiii !!!
  • C’est encore plus dur là-haut, je crois qu’il faut faire demi-tour !
  • D’accoooooooorrdd !!! De toute façon on ne peut plus bouger !!!
  • Okay j’arrive !

Ni une ni deux, coach Anneso redescend on ne sait comment et arrive à notre niveau : pendant que je rampe tant bien que mal sur le flanc avec une élégance rare, elle rejoint Mat pour la guider pas à pas et la sortir du traquenard. Mission accomplie, nous voilà toutes les trois de retour à la terre ferme, on se serre dans les bras et se délecte d’un carré de chocolat en guise de récompense. Un débrief s’impose : le temps de ce petit aller-retour pentu, une bonne heure s’est écoulée. Il nous en reste deux pour redescendre au refuge. Bref, il est temps de rentrer. Rater la vue à 360° sur les montagnes alentours et la chaîne du Mont Blanc nous fait rager mais pas de regret, le Mont Charvet restera un mystère… Et que c’était bon de vivre ça entre sœurs de galère.

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