Notre sitting de jour à #NuitDebout

Dimanche après-midi, on était dans la Place. On s’est retrouvé à quelques copains Place de la République à Paris, là où depuis le 31 mars le mouvement #NuitDebout a commencé et s’est depuis généralisé dans différentes villes de France. Très médiatisé, j’ai voulu mieux comprendre ce mouvement citoyen, m’imprégner de cette ambiance solidaire et shooter quelques visages et moments.

A peine arrivée, des mecs dans une décapotable la musique à fond ont lancé à la cantonade « allez les bobos !! » Ça m’a un peu refroidie. Je m’aperçois que depuis les attentats du 13 novembre, où je me trouvais à quelques rues des fusillades, je me sens « catégorisée ». Mon style de vie, mon boulot, mon quartier, mes habitudes… Pour beaucoup, je suis une « bobo ». Jusqu’ici, ça ne me dérangeait pas tellement. J’assumais, ça me faisait plutôt sourire. Récemment, on m’a même dit qu’on me verrait bien écrire pour Télérama ! On est tous le quelque chose de quelqu’un, après tout. Pourtant, j’ai grandi dans un tout petit village de banlieue rurale et j’ai fait toute ma scolarité à Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines. Je ne me sens toujours pas parisienne, même si cela fait presque 15 ans que j’habite ici. Depuis les attentats, je me sens visée dans ce que je suis devenue.

Bref, la bobo que je suis était sur la Place de la République dimanche. Comme des centaines d’autres, mais pas que. Il y avait des prolos aussi. Des syndiqués. Des hipsters à barbe. Des duffle coat et des chaussures à glands (ça revient à la mode, c’est ouf). Des cheveux blancs. Des parents et leurs enfants. Des étudiants. Des SDF qui prenaient la parole sous les applaudissements. Il y avait des djembés, des falafels à 4 euros et des biscuits argentins (à la confiture de lait, trop bons !). « J‘ai trouvé qu’il faisait beau, et j’ai bien aimé les gâteaux », témoignait avec émotion mon pote Fabien Villard (je te balance, je m’en fous). Bon, ok, il a dit aussi : « J‘ai trouvé ça très agréable de voir qu’au-delà de l’esprit révolutionnaire, il y avait des gens qui venaient pour parler ! Tous les étudiants sociologues, anthropologues, et autres chercheurs en ogue qui avec leur pancarte disaient… Venez me parler ! Donnez-moi votre point de vue, je vous explique ce que j’en pense moi… Pour les débats, c’est compliqué, on voit bien qu’il y a de tout, et les noms des commissions m’ont beaucoup fait rire, commission « accueil et sérénité », commission « vote blanc », commission « féminisme », y a t’il une commission « commission » ? Beaucoup d’informations donc, trop ? Le peu de temps que j’ai passé, j’ai déjà entendu beaucoup de choses, et comme certains le relevaient, le mélange de toutes les luttes n’aboutira pas forcément à quelque chose d’audible. Quelle convergence pour la commission LGBTQPA (Lesbienne, Gays, Bi, Trans, Queers, Pansexuels, Asexuels), et la commission climat ? Tous ces gens veulent plus de démocratie, mais chacun va se battre pour sa cause… ». Avant d’ajouter, les yeux écarquillés : « Je trouve qu’on devrait bannir les djembés (et l’alcool), ou en tout cas les mettre à part, il ne servent à rien pour avancer sur quoi que ce soit ! ». Calme toi, Fab, c’est sympa le djembé, c’est parce que tu sais pas en jouer, c’est tout…

Margot, elle, a « l’impression que c’est pas loin d’être très beau ce mouvement. Que c’est le reflet d’un ras le bol général. Mais que du coup ça part trop dans tous les sens. Trop de revendications tuent la revendication …! » Avis partagé par Camille : « Ce que je trouve intéressant, c’est qu’on a affaire à un mouvement (comme les indignés il y a quelques années) qui va à l’inverse de Mai 68 : c’était la lutte pour la reconnaissance de l’individu, alors que là on est sur le groupe, le social, le vivre ensemble. C’est super de regrouper un certain nombre de combats sociaux, mais franchement, pour l’instant je pense qu’obliger tout le monde à arrêter de manger de la viande bon… C’est pas la priorité immédiate. J’ai un peu cette idée que personne actuellement ne porte ces idées dans le paysage politique alors qu’il suffit de regarder un peu pour constater que si. Hier je n’ai pas été beaucoup témoin de débat d’idées, mais plutôt d’une mise à plat de ce avec quoi tout le monde s’essaie d’être d’accord. Ce qui est une bonne première étape. Plutôt que vouloir créer sa chapelle, ça pourrait avoir de la gueule de l’associer à des combats déjà en cours. »

Moi j’ai particulièrement été bluffée par les codes collectifs pour s’écouter : agiter les mains en l’air pour applaudir en silence, les croiser pour exprimer son désaccord… s’assoir tous ensemble et se sentir ainsi bien debout. Ouais, ça a plutôt de la gueule, c’est vrai. La preuve en images.

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