Stanislas Zanko : « je vis d’une baguette magique »

stanislas-zankoIl est des rencontres qui remettent en selle. Qui font à nouveau galoper l’imaginaire. Qui donnent envie de reprendre les rennes. Stanislas Zanko est un artiste complet. Connu (pas assez) pour ses « introspections instantanées » de personnalités et d’anonymes, il est aussi performer, plasticien, sculpteur, réalisateur, graffeur, DJ… Mes coups de cœur : ses mystérieux clichés de projections lumineuses sur chevaux. Du haut de ses 45 ans et du 7eme étage d’un immeuble parisien du 9eme arrondissement, il m’a invitée dimanche dans l’appartement-atelier de son enfance. Là où artistiquement, pour lui tout a commencé. On a papoté derrière son ordi autour de chouquettes et d’un café, sous l’œil tranquille de son chat Tigri. Avant d’aller faire un saut sur les toits pour admirer Paris.

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Du Canal Saint-Martin à Lucien Lachance

stanislas-zanko-bonne-anneemel-zanko« Pour nous autres humains, la fiction est aussi réelle que le sol sur lequel nous marchons », écrit Nancy Huston dans l’Espèce Fabulatrice. Et bien ce qui est étonnant – et plaira sans doute à celles et ceux qui aiment faire de leurs petites anecdotes une Histoire – c’est que j’avais repéré son travail sur Facebook et l’avais contacté il y a plus d’un an pour écrire un article ici. C’était juste après ce 1er janvier 2015 au canal Saint Martin où je pose devant un message géant multicolore de bonne année collé sur les murs et les pavés. Sans savoir qu’il était lui-même l’auteur de ce message prometteur. Avec quelques complices, son imprimeur (OTRAD fine art) et son équipe de colleurs et graffeurs. C’était juste avant Charlie aussi. Finalement, les tumultes de 2015 m’ont détournée de mes intentions, puis tout récemment, j’ai tenté un nouveau message privé sur Facebook. Le premier RDV est pris chez Lucien Lachance, un délicieux bar à vins cosy à deux pas de la Place de Clichy où sont exposées quelques unes de ses photos. Un de ses QG. Là où il m’a offert ma chère photo-portrait.

« Artistiquement, je suis né d’un incendie »

_MG_4531Casquette gavroche, barbe, jean et sweat à capuche, casque de scoot incroyable posé sur la table, il m’accueille avec le sourire et me raconte, loquace. Autodidacte, né de parents artistes – son père Tamas Zanko est artiste peintre et scénographe réfugié politique hongrois en 1956, précurseur de la peinture à la bombe, et sa mère Anne Zanko est styliste, coloriste et dessinatrice textile – Stanislas grandit à Paris et dans le Jura. Livreur, comédien, serveur, pompier, DJ, il enchaîne les petits boulots dans le milieu de la nuit et de la restauration, se déplace à roller, devient cavalier figurant sur Gladiator au Maroc, part à New York accompagner les Louise Attaque et son pote Alex, batteur du groupe. Il en reviendra avec de nombreux rush tournés dans les studios new yorkais.

Puis en 2007, il switche suite à un drame : l’appartement familial prend feu un 17 janvier, 95% des œuvres de la famille partent en fumée. Le choc. Il stoppe tout, son travail salarié, il divorce, change de vie pour aider ses parents à reconstruire l’atelier. Ses photos de l’incendie, prises d’abord pour les besoins de l’assurance, sont remarquées par François Barré, président du Centre Pompidou, des rencontres photographiques d’Arles et ami de la famille, qui lui donne sa chance. Depuis, il expose régulièrement dans diverses espaces comme Art & Touch expo à l’espace Marais Marais, organisé par son imprimeur. On peut aussi découvrir ses collages un peu partout dans Paris. « Artistiquement, je suis né d’un incendie », résume-t-il. Aujourd’hui, il souhaite mettre tout son cœur et son énergie à la transmission de l’œuvre de son père, décédé en 2009. Prochaine étape : une exposition à Budapest en 2017 sur le travail de Tamas Zanko.

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« Je vis d’une baguette magique »

De cet incendie est né son besoin de créer  de l’image et de l’histoire, dont la Zankovision, qui s’est imposée comme l’identité visuel de Stanislas. Il se dit lui-même faux-tographe et véritable illusionniste. « Toutes les photos sont garanties 100% bio sans flash ni additifs photoshopesques », peut-on lire sur sa page Facebook co-animée avec son amie Audrey, fondatrice de son existence sur les réseaux sociaux, « ma Moneypenny du web, un maillon indispensable , qui m’informe, m’oriente, me connaît et me comprend ». Son procédé photographique, basé sur la seule lumière en excluant tout artifice de retouche numérique, dédouble le sujet et crée « un petit net dans un grand flou ». Ses outils : des sortes de baguettes magiques rondes, en forme d’étoiles ou de raquettes, bidouillées à partir de lentilles et de fils de laiton, dont il confie la fabrication à son ami bijoutier Hervé de Mahéas. « C’est tout le contraire d’une loupe, car cela réduit l’image : c’est une « pelou » quoi ! »

Ces accessoires lui permettent réellement de vivre de son art. Non pas financièrement, car à ce niveau-là il confie qu’il galère. « J’ai des milliers de portraits de personnalités et d’inconnus, et quand je suis amené à les recroiser, il me suffit de sortir ma baguette magique : ils me reconnaissent illico et m’ouvrent les portes de concerts, festivals, restos… Je vais à Cannes, je vais au Fouquet’s, et là je peux photographier qui je veux ! » C’est ainsi qu’il compte parmi ses modèles Grace Jones, Stromae ou Christine and the Queens. Ce qu’il déteste le plus : « les gens qui veulent tenir la baguette, car cela m’empêche de faire la bonne « note photographique », mais je sais aussi que souvent c’est spontané, avec un désir d’aider et d’y croire ! Car il faut faire un vœu ! Il n’y en a qu’une ! c’est important ! » Lui n’a aucune envie de montrer son visage. « Pas besoin d’être sur la photo, je suis là avec ma baguette ». Son rêve : avoir carte blanche pour réaliser un trombinoscope de la culture mondiale, une sorte d’accréditation universelle pour porter un autre regard.

Aujourd’hui, Stanislas Zanko vit toujours entre Paris et sa campagne jurassienne où il crée dans la rivière des sculptures de pierres comme ce fabuleux crocodile, ou illumine la grange de la maison familiale avec des faisceaux géants. Il s’est même installé un hamac au-dessus de l’eau, sans doute un bon spot pour continuer son introspection…

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Je te souhaite, Stan, tout le bonheur et le succès que tu mérites. Tu es un extraordinaire artiste ! Un grand merci pour le partage de tes photos et la visite de ton atelier.

Voir aussi le documentaire « De l’ombre à la lumière » sur Tamas Zanko réalisé par son fils Stanislas Zanko :

docu zanko – de l’ombre à lumière (iPhone et iPod) from zanko tamas on Vimeo.

Toutes les photos : Copyright @Stanislas Zanko

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