Eloge de l’inconfort (enfin pas trop quand-même)

Ça faisait bieeeeen longtemps que je n’avais pas ressenti le plaisir de l’inconfort. Je parle ici de se retrouver sous la grêle. En pleine montagne. Sans Kaway (je connais un barbu qui va me tuer).

Non non, je ne suis pas maso. J’ai bel et bien détesté ce moment où, les pieds nus dans l’herbe et les fleurs sauvages, après trois heures d’ascension du Puy Chavaroche, un verre de Chirouble dans une main, un sandwich au Cantal dans l’autre, alors que nous philosophions face à la montagne ensoleillée en se demandant si Laetitia Casta allait vieillir comme Brigitte Bardot, ou si nous allions rester belles et naturelles comme Sophie Marceau… L’orage gronda. Les premières gouttes de pluie tombèrent. Puis le premier grêlon.

J’ai détesté aussi remettre mes pieds endoloris en « deux deux » dans mes chaussettes mouillées et mes chaussures de rando crottées. Balancer mon cher casse-croûte au fond de mon sac à dos comme un vulgaire sandwich triangle de l’autoroute, et m’apercevoir que j’avais oublié… mon Kawaaayyyyy !! Ce truc horrible que l’on a tous porté en colo en boule sautillante autour de la taille mais qui devient notre meilleur ami une fois les éléments déchaînés.

Là, ce n’était pas une petite pluie d’été avec arc-en-ciel à la clé. Un grondement d’orage qui te fait plaisanter. Non, Messieurs Dames ! C’était une trombe de grêlons. Une pluie de châtaignes. L’épreuve finale du Mud Day avec des éclairs dignes de films de vampires et des nuages noirs aussi bas que le plafond des catacombes. Et tout ça, sans mon Kawaaaayyy !!

Alors me direz-vous, où est le plaisir dans tout ça ?

He bien, au final, j’ai aimé. J’ai aimé sentir mon sang circuler, être trempée de la tête aux pieds, voir Mathilde et Anneso glisser et se cramponner. Se retourner pour voir si tout allait bien. Se lancer des sourires complices et s’entendre crier « ho la vache, allez, on lâche pas, on y va ! ». Je me disais que c’était ça la vie, purée. Un jour on profite, la seconde d’après ça tonne, on galère, on ne maîtrise plus rien, on ne peut rien prévoir (l’appli météo encore moins), et l’essentiel c’est de garder le cap et d’être bien entouré. Passée la peur de glisser, on courait dans les sentiers remplis d’eau et on jumpait de rocher en rocher. En rythme et concentrées. Les cuisses rougies par les impacts de grêle. De vraies gazelles ! Une bonne heure comme ça, jusqu’à un abri où d’autres randonneurs partageaient leurs quelques biscuits encore secs. Je me suis souvenu que c’était ça qui me faisait le plus vibrer. Ces moments d’aventure, en pleine nature, ce sentiment de vivre et partager un moment exceptionnel. Car inconfortable, donc extra-ordinaire. Et qui te redonne la niaque comme jamais.

« Les odeurs de vertige, les odeurs de vérité, je sais bien que j’ai besoin de retrouver l’instabilité, je crois pas que je manque de repères, en fait je pense que j’en ai trop. J’ai envie de me prouver que j’aurai toujours les crocs. C’est peut être ça un jour de doute, c’est pas une chute de moral. C’est le besoin de vérifier qu’on a encore bien la dalle ». J’ai eu ce slam de Grand Corps Malade en tête pendant une bonne partie de l’aventure. Le niveau de réflexion philosophique était monté d’un cran. Et mon Dieu ce que la douche et le chocolat chaud avaient une autre saveur à l’arrivée…

Ci-dessous quelques images de ce séjour mémorable à Bonnaves, dans le Cantal, ma région de vacances d’enfance, ma madeleine de Proust. bonnaves IMG_6795IMG_6802IMG_6807IMG_6820IMG_6836 IMG_6842 IMG_6855 IMG_6861 IMG_6863 IMG_6876 IMG_6883 IMG_6886IMG_2702 IMG_2706 IMG_2708 P1000590 IMG_2714 IMG_2749 IMG_2758 IMG_2773 IMG_2776

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