Mon Polza dans Blast de Manu Larcenet

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Blast, c’est mon père. Je ne parle pas de père spirituel, bien que je vénère son créateur Manu Larcenet, auteur également du Retour à la Terre et du Combat Ordinaire. Je ne dis pas non plus que mon père ressemble à un colosse SDF alcoolique pris de fréquentes hallucinations de totems de l’île de Pâques. Non, je veux simplement dire que Blast, c’est un roman graphique qui nous fascine autant, mon père et moi. Alors quand je vois Blast en librairie, je pense à lui.

Moi, début décembre, depuis 3 ans :
– « Tu as vu, le dernier Blast est sorti ! »
Lui, faussement crédule :
– « Ah bon ? Ah oui, ça me revient… D’ailleurs j’ai lu qu’il était moins bien cette année, pas la peine de te l’acheter… » (sous entendu, ne grilles pas mon cadeau de Noël !)

PHO0056e0b8-a472-11e3-8c2b-6155a8f58744-805x453Ce qu’on adore, tous les deux, c’est cet univers sombre et intense, ces personnages laids d’un humanisme bouleversant, ces silhouettes gribouillées mais tellement réalistes, ces tableaux au crayon noir et à l’aquarelle ultra travaillés. Blast, en fait, ce n’est pas un personnage. C’est le phénomène hallucinatoire que subit Polza Mancini, héros crasseux, gras, laid et manipulateur, aux petits yeux brillants d’intelligence. Le blast,  c’est un court instant de perfection, flash improbable, qui survient parfois. Alors, il oublie son poids et parvient à voler.

manu-larcenetEn creusant un peu pour écrire cet article, j’ai été assez bluffée par le parcours de Manu Larcenet, de Fluide Glacial à Dargaud en passant par sa propre société d’édition les Rêveurs. Mais aussi surprise par sa personnalité. Je savais qu’il y avait une part d’autobiographie dans le Retour à la Terre, l’histoire en 6 tomes d’un dessinateur, guitariste et chanteur punk urbain natif de Juvisy qui décide de s’installer aux Ravenelles, un petit bled de campagne, avec Mariette sa compagne. Ces albums, je les ai dévorés pendant mes années Ravenelles. Enfin, mes années Favelle.

Mais je ne savais pas qu’il se disait lui-même « dépressif au dernier degré » et bipolaire, comme c’est le cas dans cette émission On n’est pas couché  de mai 2014. Il m’inspire un grand respect quand il dit réussir à puiser dans les moments difficiles de sa vie la créativité nécessaire pour donner vie à ses univers les plus sombres. Et selon moi les plus authentiques et éclatants. Une sorte de pied de nez à la dépression. L’art comme thérapie, encore et toujours.

Tout comme Jade de François Garagnon, j’ai eu envie de donner vie à Polza en argile. Mon Blast à moi ! En voici le résultat.

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